« Tous les moyens possibles et imaginables doivent être utilisés rapidement pour affaiblir la vie économique à Cuba (…) afin de semer la faim, le désespoir et forcer le renversement du gouvernement ». Nous sommes en avril 1960, au tout début de la révolution cubaine. On ne parle pas encore à La Havane de socialisme ; il n’y a encore aucun lien entre le nouveau régime et l’Union soviétique. Fidel Castro prône d’ailleurs une « troisième voie ». À Washinton pourtant, l’administration ne peut accepter pareil symbole de conquête de la souveraineté à 150 kilomètres de la Floride, ni pareil « mauvais exemple » pour d’autres peuples d’Amérique latine. C’est alors que paraît à Washington le « mémorandum Mallory », d’où est tirée la citation ci-dessus… Comme on le voit, l’obsession impériale de « prendre Cuba » (dixit Donald Trump), fût-ce en recourant aux moyens les plus odieux, plonge ses racines dans des décennies d’histoire. La vie quotidienne des Cubains est rendue aujourd’hui éprouvante du fait des sévères restrictions décidées par l’administration Trump. Quel pays pourrait survivre sous blocus pendant 66 ans, et depuis l’année dernière sans pétrole ? Pourtant, ce petit pays sans ressources, est parvenu à hisser les indicateurs de développement parmi les plus élevés en matière d’éducation, de culture, de santé, jusqu’à mettre au point ses propres vaccins contre le COVID. C’est ce peuple que Trump veut briser et soumettre.
Bien que présentées comme une alternative « propre » (sic) à la guerre, ces politiques de sanction ont pourtant un coût humain colossal. Des chercheurs ont rendu public en 2025 dans « The Lancet », le fruit d’une étude sur l’impact sanitaire des sanctions économiques imposées par l’Union européenne et les États-Unis à 152 pays entre 1971 et 2021. Le résultat est sidérant. Les chercheurs estiment que les sanctions unilatérales ont entraîné plus de 28 millions de morts en cinquante ans, ajoutant que cette hécatombe est « comparable au nombre total de victimes des conflits armés ».
Dans les pays du Sud global, le rejet des sanctions est de plus en plus fort, et participe à la chute de l’image et de la place des Etats-Unis dans le monde. Alors que Trump vient de sanctionner toute entreprise qui commercerait par mer ou par air avec Cuba, il y a besoin plus que jamais de solidarité.