L'histoire d'un père qui voit son fils sombrer dans la folie de l'extrémisme. "D'où surgit la bête, le ventre est encore fécond.", écrivait Bertolt Brecht. À une époque où nous commémorons les 80 ans de la libération d'Auschwitz, la bête ressurgit. En Italie, aux États-Unis, en Hongrie, en Argentine, elle est au pouvoir. En France, en Allemagne, aux Pays-Bas, elle est aux portes.
Alors, quel est le rôle du cinéma ? Comme tout art, il est au service de l'Homme. S'il n'a pas pour vocation d'être un tract militant, il apparaît comme un outil contre l'oubli et pour comprendre. Ce film traite d'une histoire contemporaine, comment aujourd'hui, avec tout ce que nous savons, ou plutôt ce que nous croyons savoir, ce que nous avions cru trop longtemps acquis, un jeune de 23 ans glisse dans ce que l'humanité comporte de pire : la haine à l'instinct primaire. Le tourbillon nazi.
On peut reprocher au film certains aspects du scénario : pourquoi le père incarné par Vincent Lindon ne cherche-t-il pas à comprendre pourquoi son fils sombre dans l'abîme ? Le fascisme n'est pas une idée, c'est un cancer qui peut toucher n'importe qui.
Mais là où le film montre sa particularité, c'est qu'il place le point de vue d'un père au centre de l'intrigue. Qu'a-t-il fait pour en arriver là ? Comment peut-il faire pour contrer cette gangrène ? Voilà l'idée du film : faire observer un état de fait, plutôt que de le comprendre.
Le réalisateur tente cependant quelques éléments subtils : un territoire frappé par la désindustrialisation, la triste histoire locale, le manque de perspective d'une jeunesse désabusée.
Si l'axe du film est de montrer une histoire personnelle et familiale soulevant des questions sur la responsabilité parentale, sans pour autant étudier en profondeur un tel sujet de société, certains diront que c'est justement son point faible, avec son cortège de scènes parfois longues.
Mais malgré tout, ce film a le pouvoir de pousser à la réflexion sur une société malade dont la haine et le fascisme, le repli sur soi-même et le manque de communication ne sont que les stigmates.